L'ennui dans certaines corridas, le compte-rendu

Publié le par cercletaurin.nimois

 

 

 

 

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Le 7 mars dernier, au JEUDI du CERCLE, notre ami Hubert COMPAN, vétérinaire taurin, a abordé le thème de l’ennui dans certaines corridas. Témoin de marque d’un soir, Luc JALABERT, éleveur et empresa des arènes d’Arles, a enrichi le débat et livré à cette occasion son point de vue sur l’absence de corridas-concours en France lors de la présente temporada.

 

Pour l’essentiel, le diagnostic d’Hubert sur les causes de l’ennui, et ses propositions pour y remédier, peut faire consensus, tant il reflète le sentiment et l’attente des aficionados sur les remèdes possibles à cet avatar de la corrida.

 

Sur certains points toutefois, l’adhésion au propos n’est pas manifeste. Précisément, la vision du problème de la pique sous l’angle prioritaire de la taille ou du profil du fer, pour innovante et intéressante qu’elle soit, ne fait pas l’unanimité : certains aficionados estiment avec quelques raisons que les « dégâts collatéraux » sont tout autant la conséquence de l’endroit où on pique, et de la façon de piquer… Et cela sous-tend une dimension « culturelle » du problème et la recherche d’autres « coupables ».

 

Au bout du compte, par sa grande connaissance des problèmes abordés et sa persévérance à militer pour un toro « idéal » et une corrida « parfaite », Hubert COMPAN, auteur de l’expression « que la fête commence au 1er tercio », ouvre résolument quelques pistes de réflexion incontournables pour l’aficionado. Voir ci-dessous le compte-rendu de la soirée.

 

C.C.

 

 

 

Toros identiques… d’une langueur monotone…


par Hubert COMPAN

 


MCH 9447Luc JALABERT et Hubert COMPAN - Photos Michel CHAUVIERRE

 

 

 

1-Pourquoi l’ennui dans certaines corridas de « figuras »

 

6 toros: 450 kg, « commodes » de tête

Pas d’émotion esthétique, trapio banal

Aucune manifestation du public

Impression de danger : ?

Suspicion d’afeitado,

6 « clones » au comportement prévisible.

 

Sortie au galop, 1 ou 2 tours de piste inutiles.

Met la tête et se retourne dans le capote : toreabilité vite perceptible.

Emotion de courte durée car : Objectif du torero: garder le maximum de carburant pour la muleta. 

 

Tercio de piques

Le toro a vu le cheval, retenu par les peones.

Amené à la distance minimale réglementaire. 

1ére pique souvent entre les épaules ou dans le dos  et qui dure… Sifflets du public.

2ème pique à minima, sans replacer le toro, jamais donnée de loin...

Applaudissements !!

Absence de « quites »

Toujours le même objectif du torero:

Conserver de la mobilité pour la muleta

Eviter les « dégâts collatéraux » de la pique de 8.8 cm (pénétration 17 cm en moyenne).

 

banderilles

3 paires à la sauvette, parfois 2 paires

Comme une simple formalité qui suit un tercio de piques insipide.

Aucune préoccupation des « subalternes » de se mettre en valeur.

Toro bouche ouverte, mobilité difficile à évaluer.

 

La fête commencera-t-elle au 3éme tercio?

Les attentes du public  qui n’a pas vu grand-chose depuis la sortie du toro :

on espère le toro amené au centre qui part de loin au galop pour des séries rythmées et de l’émotion dès les 1ères passes.

1ère série : il part de loin au galop, génuflexion à la 3ème passe. 2ème série, génuflexion à la 3ème passe.

Récupération, pas de récupération? Inquiétude de l’aficionado :

  • Pas de récupération: faena abrégée, sans émotion malgré les efforts du torero, l’ennui  et la frustration s’installent.
  • Récupération grâce à la tauromachie de la lenteur, mais le public devient très exigent sur les qualités artistiques puisque l’impression de danger est minime. le rythme se ralentit, les « toques » se multiplient et les trajectoires se raccourcissent.

On connaît par cœur la suite: dans les cornes avec des charges courtes et une fausse impression de danger pour une faena interminable qui réveille un peu le public…..1 oreille.

     On s’est ennuyé.

 

 

Pour qu’on ne s’ennuie plus :


500kg bien « présenté » et astifino :

   Plaisir esthétique

   Impression de danger

   Applaudissements

   Et pourquoi pas un vrai « manso con casta » » dans le lot !

 

Pour moins d’ennui dans le 1er tercio

Toro fixé rapidement

Capote plus varié (= prise de risque), quites plus fréquents.

1ère pique moins appuyée, vite relevée

2ème pique en partant de loin: plaisir du galop + ovation.

Pique raccourcie avec moins de risques de « dégâts collatéraux » (pénétration 10 cm maxi   ?).

         Moins de sang, moins de blessure, plus de rencontres.

 

Pour moins d’ennui dans le 2éme tercio

Qualité et volonté des peones: placement, technique, rythme du tercio.

La mise en évidence de la mobilité d’un toro qui part de loin et suit aux planches  fait espérer une grande faena.

 

Pour moins d’ennui dans le 3ème tercio

Avec un toro mieux présenté, impression de danger plus ou moins consciente, chaque passe compte chaque « passe de poitrine » en fin de série est un soulagement et génère plus d’applaudissements. Le public devient moins exigeant sur la perfection artistique.

 

Avec un toro plus mobile, les trajectoires et le rythme de la faena sans les chutes chauffe vite le public, la phase finale dans les cornes est mieux acceptée.

Ambiance musicale de qualité

Avec des toros mobiles on ne s’ennuie pas, même si la noblesse est absente.

 

Les techniques qui améliorent la force et la mobilité

La génétique :

Typologie musculaire et comportement (les « Domecq »).

La sélection, les tientas, la combativité, la sauvagerie, l’entrainement.

 

L’alimentation : formulation des aliments, les mélanges fibreux, antioxydants, glucoformateurs.

 

 

MCH 9446Photo Michel CHAUVIERRE


 

2– Pourquoi l’ennui dans certaines corridas « dures » ?


6 toros d’encaste « réputée »

Identification de l’encaste parfois difficile, trapio et présentation souvent irréguliers.

Sortie en trottinant, souvent  peu « explosifs » au capote, difficiles à fixer, s’échappent en retrouvant leur trot.

On n’a pas vu grand-chose au capote et on attend les piques avec impatience

 

Piques

Part au petit trot au cheval, accélère à 2 m pour une pique appuyée dans la cruz

2ème pique autant appuyée dans le même trou. On sait que la 3ème est de trop. Elle est donnée…

Ovation au picador, on ne s’est pas ennuyé.

 

Avant d’aller plus loin, une précision importante sur la dépense énergétique du toro de lidia et son impact sur le comportement :


Coefficients de dépense énergétique mesurés selon les situations

  • Immobilité = temps x 1.2
  • Au pas = temps x 5
  • Au trot = temps x 15
  • Au galop = temps x 30
  • A la pique = temps de poussée x 60 !!!

 

Banderilles

Le toro a accusé les efforts de la pique. Le toro est arrêté au centre, il prends les 3 paires sans mobilité. Le public commence à s’inquiéter...

 

La muleta

En début de faena : le sang continue de jaillir entre les épaules, le toro est ensanglanté jusqu’à la « pesuna » (= 3 à 4 litres de sang).

On a eu 3 piques et on espère tous une grande faena.

1éres séries un peu désordonnées, le toro raccourcit vite sa charge et devient dangereux, la conscience professionnelle du torero ne suffit pas à donner de l’émotion malgré le danger.

On se questionne : le toro s’est arrêté. Pourquoi?

décasté? les piques, la douleur? l’hémorragie?

 

On s’est ennuyé


 Le tercio de piques ne suffit pas à faire une corrida,

On a des sujets de conversation à la buvette. On reviendra l’année prochaine !

 

Pour moins d’ennui

Présentation correspondant à l’encaste

Sans excès de poids, sans excès de cornes

Le toro sort  en trottant, tête haute, morillo bien dessiné, il observe, on applaudit

Capote: une serie complète de véronique suffit.

 

Le tercio de piques

Pour que la fête commence au 1er tercio

On a effacé les 2 lignes concentriques

On a dessiné des lignes type concours numérotées de 1 à 3

Mise en suerte plus « lisible ».

1 seul cheval

1 picador  mobile qui va au devant du toro sans le souci de la ligne.

Une pique raccourcie de 5 à 6 cm: moins de risques de « dégâts collatéraux »

Davantage de rencontres, avec moins de sang, moins de blessures.

Les 2 Piques Bonijol : la plus petite n’a jamais été utilisée.

 

banderilles

Valorisation des banderilleros :

Technique, diversification, animation.

 

Muleta

Les conséquences d’un tercio de piques avec moins de sang , moins de blessures plus de rencontres = plus de mobilité, des faenas plus abouties malgré la diversité des comportements.

Et à la fin…..le récibir…  2 oreilles

 

On ne s’ennuie pas et la fête a commencé au 1er tercio.

 

La corrida de Javier Castano seul contre 6 Miuras peut être considérée comme une refondation de la tauromachie. Elle est plus facile à reproduire que la corrida de Jose Tomas dans laquelle la part du hasard a été importante.

 

 

 

3- les corridas concours


Les attentes du public : choix des encastes, présentation, comportement à la pique, mobilité à la muleta.

 

 la réalité :

Que représente une corrida concours pour un ganadero ?

Toros pas toujours représentatifs de la ganaderia, souvent trop lourds, trop armés, trop âgés, hors du type.

Les exigences du public sur le nombre de piques : tercio de pique trop invalidant.

Choix des toreros (restreint).

 

Propositions pour les corridas concours

Choix des toros ? quelles compétences ?

Trapio sans excès, présentation au- dessus de la moyenne.

Tercio de pique récompensé, moins de sang, moins de blessures, plus de rencontres.

 

Et pourquoi pas une corrida-concours « Domecq » ? (NDLR : ???).

 

 

MCH 9451Photo Michel CHAUVIERRE

 

Quelques réflexions de Luc JALABERT reproduites de mémoire :

- Oui les figuras sacrifient les 2 premiers tercios pour conserver la mobilité à la muleta : peu de passes de cape, pas de quites, tercio de pique réduit au minimum .


- La majorité des aficionados jugent les toreros sur leur prestation à la muleta, ils oublient même que  maestro a posé les banderilles : c’est pourquoi on ne voit plus de toreros banderilleros.


 - C’est dans les 10 dernières passes que se coupent les oreilles.

 

- Oui il faut diminuer les traumatismes de la pique, c’est à vous clubs taurins de le demander !

- Je suis d’accord avec Alain Bonijol, ce sont les Domecq qui s’emploient le plus au cheval.

 

- Il y a trop de corridas dans les ferias, on n’est plus à l’époque d’Ojeda, certains jeunes d’Arles ne savent même pas qu’on produit des corridas dans les arènes…


- la carte jeunes de 35 euros permet d’assister a des spectacles taurins à 6 euros le spectacle : 82 cartes seulement vendues en 2012… Le problème n°1 de la tauromachie est le non renouvellement générationnel. Les clubs taurins doivent être interpelés : offrez le pass jeunes à  vos enfants et petits enfants. (NDLR : certains clubs subventionnent le prix des place, à Arles et ailleurs).


- Il y a une demande de plus en plus forte de corridas où les 3 tercios sont mis en valeur : il faut conserver les gardiens du temple, mais qui connaît Fandino au Café du Commerce ?  Personne !  Je suis bien obligé de mettre des figuras connues dans les cartels. La présence des figuras est obligatoire pour attirer du monde.

 

- Il y a 5 figuras qui gagnent beaucoup d’argent, 15 toreros qui vivent bien, les autres...

 

- Apres l’échec de la concours d’Arles 2012, il faut laisser passer une année sans. Peut être l’année prochaine, mais les corridas concours peuvent laisser des souvenirs extraordinaires avec des toros exceptionnels.


 

Le Veto, indésirable ou incontournable ?

Publié le par cercletaurin.nimois

 

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Gérard BOURDEAU, président de l'Association Française des Vétérinaires Taurins, était notre invité pour ce dernier JEUDI DU CERCLE avant la Feria de Pentecôte.  L'intérêt de la conférence, soutenu par la technique et l'expérience de l'homme de terrain fut de souligner au long de la soirée le rôle original joué par le vétérinaire taurin à tous les stades de la vie du taureau de combat. Mais son auditoire l'attendait en particulier sur l'interrogation piquante contenue dans le titre de sa conférence : indésirable ou incontournable?


 Fidèle de ce rendez-vous aficionado, Gérard BOURDEAU savait par avance qu'il pouvait aborder le thème choisi, assurément provocateur, garanti 100% sans langue de bois... Et ce fut bien le cas. Le renfort d'anecdotes d'horizons divers et autres "nîmoiseries", encore intactes dans les mémoires, encore sensibles dans les esprits, a pour le moins éclairé l'auditoire sur les joies et les vicissitudes du beau métier de vétérinaire taurin.

C.C.

 

Voici un court résumé de cette conférence par Gérard BOURDEAU .

 

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Photo Michel CHAUVIERRE

 

La programmation de cette soirée était un peu provocatrice du moins polémique, mais elle était censée assurer un développement sans langue de bois et mettre à plat, l’état actuel du mundillo français. Le Vétérinaire Taurin français est né le jour de la création de l’AFVT, en 1992, association regroupant en France, les vétérinaires concernés par les manifestations taurines, de favoriser les échanges de connaissances, d’apporter des suggestions à l’UVTF et d’établir des relations avec toutes les associations de ce type venues d’autres pays.  L’UVTF, née en Arles en 1966 a pour mission la défense et la sauvegarde des courses de taureaux avec mise à mort, et notamment en empêchant que des abus ne soient commis sur la présentation des taureaux de combat et en veillant au respect du Règlement Taurin Municipal.


Tout de suite, l’UVTF, sous la pression d’un certain laissez-aller dans la présentation des taureaux, nous a demandé de procéder à l’examen des armures des dits animaux. Notre collaboration était née, et si le protocole actuel a été long à se mettre en place, son fonctionnement est aujourd’hui bien réglé. Il est de plus, redouté et respecté par tout le mundillo et nos voisins ibériques y songeront sans doute rapidement, la crise actuelle ‘permettant’ une certaine dérive qu’il faudra bien gommer. Il est évident que le rôle d’un Vétérinaire Taurin a un champ d’action plus vaste - surtout – en Espagne ( reconocimiento au campo et dans les arènes, présence au palco, entre autres missions… ) Cette partie est éludée en France, et le vétérinaire de la CTEM a-t-il seulement un rôle consultatif ? Se poser la question de notre non-participation, c’est avouer notre impuissance à pénétrer un milieu cadenassé où il ne faut pas mettre le nez. Seule, la partie sanitaire est également partagée. Aussi, avons-nous préféré, nous intéresser à des problèmes cruciaux de la tauromachie actuelle, comme les problèmes de comportement et des chutes du taureau de combat en relation ou non avec l’alimentation, avec le bon (ou non) déroulement du premier tiers de la corrida, de l’influence de la pose des ‘fundas’ sur les cornes des taureaux ( corne et manipulation) Bref, nous avons essayé, en trouvant parfois un écho à nos travaux. Merci à l’UVTF de s’être intéressée aux travaux de l’INRA, et de nous avoir aidés financièrement et techniquement. L’étude du premier tiers est, et j’ai un peu de mal à le comprendre, plus difficile à apprivoiser, à aborder. Pourquoi ? C’est une affaire de volonté collective. Or, nous avons du mal à reconnaître, aujourd’hui dans l’UVTF les signes d’une force susceptible de diriger le monde des Taureaux. Certains disent qu’elle est malade, que c’est la débâcle…c’est sûrement exagéré, mais significatif sans doute d’un malaise. Nîmes en s‘étant exclue de l’Union des Villes Taurines est à n’en pas douter la ville responsable de cet état actuel, à votre détriment, vous les aficionados. Que pena !!!


Je pense que nous, vétérinaires de l’AFVT, avons grandi à côté de l’UVTF, et si parfois nous avons été « indésirables » cela fait partie du passé. Nous voulons, dans une tauromachie ‘limpia’ être leurs partenaires « incontournables ».

 

Gérard BOURDEAU