3 articles avec encastes

Chez REHULGA...

Publié le par cercle taurin nimois

Quand nos amis de la commission taurine du CTN, Monique DESSUS et Paul BOSC s'associent, et que Polo prend sa plume pour vous faire découvrir deux des ganaderias que nous visiterons pendant votre voyage à Jerez, nous n'avons plus qu'à nous laisser guider avec un très grand plaisir.

Ce que vous allez découvrir à la ganaderia Rehuelga

 C'est un voyage dans l'espace et dans le temps que vous allez effectuer dimanche 19 mai. Il suffira de parcourir une cinquantaine de kilomètres depuis Jerez pour découvrir un de ces si jolis villages blancs d'Andalousie Benalup de Sidonia.

Sur les collines proches couvertes de chênes verts, s'ouvrira le domaine de la ganaderia Rehuelga que possède Rafael Buendia. Un royaume pour les toros et les vaches au pelage cardeños et directement issus de la caste Santa Coloma. 

Une ligne verticale et directe depuis le conde qui a créé l'encaste en 1905, mais surtout depuis l'acquisition de l'élevage par Joaquin Buendia Peña et Felipe Bartolomé en 1932. Le sang Santa Coloma coule encore aujourd'hui dans les veines des toros bravos et vaches de ventre de l'élevage que Rafael Buendia va vous faire visiter.

 L'historique des Buendia s'est un peu compliqué lors du partage du troupeau et des fincas familiales après la disparition de Joaquin en 1996, les héritiers étant nombreux mais finalement les enfants sont parvenus à partager en trois les biens. José Luis conserve le fer, tous les mâles et un lot de vaches, le reste donne naissance à trois nouveaux fers : « Bucaré » du nom de la maison-mère par Javier ; « Rehuelga » pour Rafael et « la Armarguilla » pour Joaquin.

Forts prisés par les vedettes des années 60 et 70, les Buendia avaient perdu de leur prestige.

 Rafael Buendia Ramirez de Arellano qui n'avait pas acquis une part très importante va alors entreprendre une nouvelle sélection et petit à petit remonter la pente jusqu'à cette historique corrida du 7 juin 2017 à Madrid avec une vuelta al ruedo pour « Liebre » et des ovations pour 2 autres exemplaires avec salut du mayoral en fin de course.

 En remontant le temps, les souvenirs nous rappellent que Saint-Martin de Crau avait programmé un toro de Rehuelga en corrida-concours en 2009 que Medhi Savalli avait indulté et la corrida de 2014 du même élevage a obtenu le prix de la meilleure corrida du Sud-Est.

 

Laissons paître tranquillement les taureaux de REHUEGA avant de suivre à nouveau Polo chez GAVIRA.... 

Merci à lui et à bientôt sur le blog pour la suite de cet article.

Noblesse extême

Publié le par Charles CREPIN

On connait la compétence professionnelle du vétérinaire Hubert COMPAN pour la race Brave, ainsi que l'intérêt assidu qu'il porte à certaines encastes.

Aujourd'hui, Hubert nous propose une chronique sur "la noblesse extrême". Un sujet qui, replacé dans le plus large contexte du caractère de la Race Brave, pourrait animer nos futures tertulias d'hiver en les recentrant sur les fondamentaux de la corrida, sans oublier le versant culturel affirmé qui les caractérise.

C.C.

Lundi 20 mai 2018 à Nîmes, 1er Jandilla pour Thomas Joubert - Photo Michel Chauvierre

Une Chronique d'Hubert COMPAN

J’ai participé à la Féria de la «  monoencaste » : Garci Grande, Juan Pedro Domecq, El Cuvillo, Jandilla, tandis qu’à Vic sortaient des toros des « encastes minoritaires ».

 

J’étais au départ optimiste car  ces 4 ganaderias Domecq  produisent depuis quelques années des toros mobiles qui durent et qui plaisent aux figuras.

Mais à Nîmes seule la corrida de Jandilla a tenu ses promesses, ne parlons pas des clones de Garcigrande tous annoncés à plus de 500 kg ( ?...), parlons des Juan Pedro et des Cuvillo qui en général rassemblent des qualités de bravoure et de noblesse extrême : à la sortie ils galopent, après 1 ou 2 tours de piste ils mettent la tête dans le capote, le museau au sol, ils se retournent comme des chats, avec de très forts appuis sur les antérieurs puis ils partent au cheval la tête baissée qui le plus souvent passe sous le ventre et le carapaçon, et malgré la volonté du picador de ne pas trop blesser, la 1ére pique dure plus de 10 secondes. La 2ème pique est furtive. La majorité des toros ont gardé de la mobilité aux banderilles puis dés le début du 3éme tercio, tous ont connu des graves pannes de moteur pour une tauromachie de frustration qui parfois a fait illusion : je pense à Ponce avec ses muletazos en position de danseur étoile qui arrivent à porter sur le public…2 oreilles !

En conclusion je reprends le commentaire le plus utilisé par les chroniqueurs taurins à Madrid, à Séville, à Nîmes comme à Vic : les toros ont « manqué de fond »

Jamais je n’avais vu une telle inflation de trophées non justifiés, même dans les pueblos les plus reculés.

Alors pourquoi cette faiblesse qui avait tendance à disparaitre : le « manejo », la sélection ?

Un ganadero m’avait dit il y a peu de temps : le « manejo » est plus important que la sélection.

Des erreurs du « manejo » ?

 

 

L’alimentation : il n’y a plus de mauvaises formules d’aliment TDL, ils se ressemblent tous, et ils sont tous depuis une quinzaine d’années supplémentés en acides gras de palme qui entrainent un surpoids inutile de 30 à 40 kg : les piensos actuels sont formulés avec 5% de matière grasse, c’est trop, c’est inutile, il faut revenir  à des formules à 3% de matière grasse.

Les glucoformateurs et anti oxydants : après nos travaux de recherche avec l’INRA nous avons expliqué les effets positifs sur la résistance et la « duracion » d’une alimentation enrichie en glucoformateurs et antioxydants. De plus en plus de ganadero appliquent ces recommandations mais qui sont parfois difficiles a mettre en œuvre dans le quotidien de l’élevage.

La sélection :

La régularité des caractères de noblesse et de « toréabilité » est extraordinaire dans ces grandes ganaderias, tellement que des la 2ème passe de « capote » le torero a tout compris de son toro.

A  son 2ème Juan Pedro Juan Bautista à enroulé le toro autour de ses chevilles sans bouger pour une série de passes de capote phénoménale, chose que je n’avais jamais vue, mais quelle dépense d’énergie !

Il ne faut pas oublier qu’un toro dans sa vie n’a jamais eu l’occasion de produire de tels efforts, comme il n’a jamais eu l’occasion de lever un cheval sur sa tête !

La noblesse extrême on continue à la voir au cheval, on voit aussi la bravoure dans l’impact et la durée des mouvements de levier de bas en haut. Dire que le toro a été peu piqué, alors qu’il est resté la tête sous le caparaçon  plus de 15 secondes est une erreur d’appréciation.

La noblesse on continue à la voir dans la muleta avec de nombreuses « vuelta de campana » qui  cassent le rythme.

Alors cette noblesse extrème, avec ses conséquences sur le comportement au capote, au cheval, puis à la muleta  peut-elle être considérée comme une dérive de la sélection ?

A l’occasion d’une rencontre dans les salons de l’Impérator avec le représentant de la ganaderia « Pedreza de Yeltes » Jose Ignacio Sanchez, j’avais retenu que le ganadero avait orienté sa sélection sur des toros qui poussent à la pique, et lorsqu’on observe le trapio et la hauteur au garrot  on comprend pourquoi la position de la tête reste plus haute dans le contact avec le cheval. De même les toros de Miura avaient la réputation de « viser » le cou du cheval, ce comportement n’est-il pas seulement lié à la taille des Miura ?

 

Voila à quelles réflexions nous entraine une féria 2018 sans grandes émotions. Il y eu toutefois une novillada très intéressante avec du gabarit, de la taille, de la mobilité, et la sauvagerie qui caractérise le « manejo » de la ganaderia Pages Mailhan

La corrida « Partido de Resina » : 2 toros sur 6 et des applaudissements à l’arastre qui m’ont étonné.

Il y a eu aussi la despedida de Padilla que le public nîmois a salué avec joie, son estocade a son 2ème toro a fait lever 10000 spectateurs et comment expliquer aux autres une telle ovation quand le toro s’est écroulé ?

Padilla fait pari de ces toreros qui, s’ils ne sont pas de grandes « figuras », nous laissent des souvenirs indélébiles comme Paquirri, Nimeno, Victor Mendes, Cesar Rincon, El Fundi etc . Je les compare, et ce n’est pas de la nostalgie, aux joueurs de tennis des années 80 :  Mac Enroe, Connors,  Borg, Ivan Lendl etc., ils étaient autre chose que de grands toreros ou de grands champions.

Ultime souvenir de Nîmes 2018 : le seul vrai « manso » de la monoencaste, le n° 6 d’origine  Jandilla, véritable marathonien qui a passé son temps à chercher la sortie, à fatiguer les cuadrillas, pour au final être toréé efficacement sous la présidence par Alvaro Lorenzo. Un vrai manso de temps en temps ça fait du bien aux aficionados !

 

Coup de projecteur sur un éleveur

Publié le par Paul Bosc

Coup de projecteur sur un éleveur

Virgile Alexandre et son élevage « El Campo »

A force d’entendre dire : « On va au campo, on vient du campo, on ira… » Cette petite phrase, courante en pays d’Arles, est devenue le nom de la ganaderia de toros bravos qu’élève Virgile Alexandre. Virgile, en bon Camarguais et Arlésien, préfèrerait manadier de taureaux de combat, mais on ne va pas lui chercher la petite bête…

Depuis 2012, ce qui est peu dans l’histoire d’un élevage, il possède vaches et sémentales achetés au docteur Jean Gauthier qui, lui aussi, s’était lancé dans l’aventure de l’élevage de bovins en achetant en 1980 des vaches à Juan Mari Perez Tabernero Montalvo et un étalon à Don Arturo Cobaleda (Barcial), les fameux et redoutés « Patas blancas » dont le sang Vega-Villar a aujourd’hui pratiquement disparu.

Pas facile comme choix pour un jeune éleveur. Les « Cobadelas » n’ont jamais été les toros favoris des grandes vedettes de la tauromachie. Ils ont un sacré caractère qu’il faut savoir dominer. Mais Virgile aime les difficultés et les obstacles à vaincre. Il a tenté d’être raseteur et torero mais il s’est vite rendu compte qu’il avait plus d’avenir en devenant éleveur et en continuant son métier de maçon que de s’opposer aux « bious ».

Sa passion est venue tout simplement : « J’ai toujours aimé les taureaux et les toros et, étant très proche de la famille Colombeau, j’ai pu beaucoup apprendre de ce métier. Puis j’ai eu l’opportunité d’acheter les bêtes du docteur Gauthier et j’ai commencé l’aventure voilà cinq ans. En capea, j’ai des résultats encourageants. » Au mois de mars, il aura une première opportunité de présenter 4 becerros dans les arènes de Vauvert à l’occasion du Printemps des jeunes aficionados organisé par la Coordination des clubs taurins de Nîmes et du Gard mais également de faire tienter un « macho » par Javier Cortes, le prometteur torero apoderé par Stéphane Fernandez Meca. Un étalon de belle allure qu’il nous a fait découvrir, à Raphèle, sur la propriété de Gilbert Aymes, ancien ganadero arlésien qui a possédé, pendant 45 ans, des « Patas blancas » de son élevage « la Ganaderia cévenole. »

« C’est un animal que j’ai vu naître et que je connais bien. Je sais comment il se comporte. On verra bien mais j’ai confiance en lui pour cette épreuve avec trois autres éleveurs. »

Là, sur ce domaine de plus de cinquante hectares paissent les mâles et les trente vaches de ventre et les becerros qu’accompagnent 8 taureaux de race Camargue qui serviront de simbeù. Tous sont séparés par des barrages fonctionnels dressés patiemment depuis que la famille Aymes possède ce domaine et qui permettent de passer d’un pâturage à l’autre. Et dans un corral, les jeunes veaux sont à l’abri des intempéries. « Il n’a pas fait assez froid et les insectes ou les vermines n’ont pas été éliminés » critique l’éleveur. Gilbert Aymes précise : « Le sarraiè a chanté plusieurs fois déjà… » Et rappelle les propos de son grand’père : « Quand le sarraiè canta, l’ivèr es acaba. » Même si l’herbe est abondante avec ce climat très humide, du foin venu de Langlade, en Vaunage vient compléter l’alimentation des bêtes qui se précipitent près de la charrette et du petit tracteur à double roues arrières qui permet de franchir les passages les plus difficiles. Les réservoirs reçoivent aussi un peu d’aliments secs et cette alimentation semble convenir parfaitement aux bêtes. C’est le torero nîmois Marc Serrano qui a tienté les premières vaches et, l’an passé, l’Arlésien Tomas Joubert. « Je me régale précise Virgile, de rechercher cet équilibre entre la sauvagerie originelle qui ira affronter le picador et la noblesse qui va permettre des faenas au torero. »

Ils ne sont pas nombreux à s’occuper de l’élevage. A part Virgile et Gilbert, Gilles qui a travaillé dans tous les élevages de la région, vient apporter ses conseils et donner un coup de main. Cet hiver, c’est l’arène de tienta qui va être repeinte et remise en état, puis, plus tard, on s’occupera du maset attenant la propriété. Et puis il faudra tienter les vaches, conduire les bêtes d’un parc à l’autre, à l’aide des chevaux Camargue qui attendent dans leur corral. « L’un passe devant, l’autre derrière et on conduit le troupeau ainsi sans problème. »

C’est cela la passion que Gilbert Aymes définit ainsi : « la passion, c’est beaucoup de temps, beaucoup d’amour mais on ne gagne jamais rien. »

En attendant le 20 mars pour connaître les résultats de cette passion, Virgile Alexandre est confiant et déjà fier du travail qu’il a accompli.

Dimanche 20 mars en matinée dans les arènes de Vauvert, Javier Cortes tientera un macho de la Ganaderia El Campo et dans l’après-midi Pierre Mailhan, Thomas Ubeda et Dylan Raimbaud seront opposés à 3 becerros de Virgile Alexandre, le 4e à Medhi Savalli.